L’affaire du tweet

Je rappellerai d’abord quelques évidences :

Est-ce que je pense que Christiane Taubira appartient à l’espèce des chimpanzés ? La réponse est non. Est-ce que je pense que les Noirs en général sont des singes ? La réponse est non.

Je pense en réalité que Christiane Taubira appartient bien à l’espèce humaine, au même titre que François Hollande, Marine Le Pen, Dieudonné, Kim Jong-Un, vous qui lisez ces lignes et moi-même. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive et englobe les quelques milliards de personnes qui peuplent et ont peuplé cette planète.

Dans ces conditions, il est absurde de penser que j’aurais voulu exprimer le contraire dans un tweet qui fait polémique. La photo que j’ai postée est bien celle d’un singe et non celle de Madame la Ministre.

Alors pourquoi poster un tel tweet ? Je répondrai que sans l’affaire Anne-Sophie Leclère, sans celle du journal Minute, cela ne me serait pas venu à l’idée. Je ne passe pas mon temps à poster des images de chimpanzés sur le net – les journalistes qui ont enquêté ont dû s’en rendre compte. Je l’ai fait exceptionnellement en lien avec une photo de Madame la Ministre et ce n’est pas un hasard : c’est justement parce qu’il y a des précédents. Des précédents qui ont été traités d’une manière particulièrement injuste.

Le montage posté par Anne-Sophie Leclère n’était pas du meilleur goût, son argumentation était plutôt faible, je le concède. Mais je ne pense pas qu’elle méritait neuf mois de prison ferme pour cela. Cet abus révolte toutes les notions de justice, d’équité, de logique qui sont les miennes. Mon récent tweet découle directement de cet esprit de révolte. Je l’ai posté par bravade, pour me moquer des susceptibilités déplacées et de la répression disproportionnée qui en résulte. Oui, il y avait de la provocation dans mon tweet, mais elle était dirigée contre les censeurs et contre les jugements iniques. C’est de l’humour décalé, transgressif, du genre que peuvent faire certains journaux satiriques qui ont pignon sur rue. Mais cela reste de l’humour.

Nous sommes sur Twitter, un média où l’on est limité à des petits messages. C’est impossible de développer une argumentation. On reste toujours dans le domaine de la petite phrase choc ou de la boutade. J’étais bien dans ce registre. En revanche, les réponses que j’ai reçues par dizaines relèvent souvent de l’injure la plus triviale. C’est une réalité que connaissent tous les politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche, et qu’ils affrontent stoïquement.

Voilà ce que j’avais à dire. Je ne pense pas que ces réflexions construites et argumentées intéresseront certains médias autant qu’un tweet posté en quelques secondes. Et c’est peut-être bien le problème de notre époque : Pourquoi l’anodin est-il systématiquement mis en avant au détriment des questions fondamentales ?

Olivier BURLATS